jeudi 29 mars 2012

Un cyber-conflit israélo-arabe ?



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Après s'être combattu six fois (la guerre de 1948, la guerre de Suez en 1956, la guerre des Six Jours en 1967, la guerre du Kippour en 1973, la première guerre du Liban en 1982, et la seconde guerre du Liban en 2006) les pays arabes et Israël se combattent maintenant dans le cyberespace.

En juin 2006, un groupe de hackers arabes aurait piraté les sites internet de deux banques et d’un centre médical israélien, en représailles à l’opération militaire "Pluie d’été" lancée dans la bande Gaza pour retrouver le soldat israélien Gilad Shalit capturé trois jours plus tôt.

En juin 2010, le virus Stuxnet s'attaque au systèmes de contrôles de différent sites liés au programme nucléaire iranien. La complexité du ver étant très inhabituelle pour un malware, il a été décrit par différents experts comme une cyber arme, conçue pour attaquer une cible industrielle déterminée. L'Iran a donc montré du doigt les services de renseignement américains et israéliens. Sans faire parti a strictement parler du conflit israélo-arabe, cette action s'inscrit plutôt dans une guerre froide entre Israël et Iran, cette attaque est néanmoins la première attaque informatique attribuée à l’État hébreu.

Lors du mois de janvier 2012, des hackers arabes ont lancé une suite d'attaques contre les sites internet des cinémas, des journaux israéliens, de la bourse de Tel-Aviv, de la compagnie nationale aérienne El Al ainsi que de banques. Oxomar, qui se présente comme un hacker saoudien de 19 ans, aurait divulgué les données de plus de 20.000 cartes bancaires israéliennes. Il a indiqué à des journalistes de Ynet, le site internet du principal quotidien israélien Yedioth Ahronoth que son but était "d'infliger des dégâts financiers et sociaux en Israël pour venger les attaques et les meurtres d'innocents palestiniens". Ce aurait pu rester une cyber-Intifada s'est transformé en conflit israélo-arabe quand des hackers pro-israéliens nommés "Hannibal Lecter" et "IDF-TEAM" ont répliqués avec les mêmes armes. Ainsi "Hannibal Lecter" aurait piraté les comptes e-mails et Facebook de 30 millions d'arabes dans le monde. Les hackers israéliens "IDF-TEAM" auraient mis hors service les sites des Emirats arabes unis et celui de la Banque centrale palestinienne.

En 2011, le gouvernement israélien a mis en place un commandement cybernétique chargé de centraliser toutes les données liées à la lutte contre les cyber-attaques. En effet, selon une estimation de Isaac Ben Israël, chef du conseil national pour la recherche et le développement, et ancien conseiller de la cyber-sécurité auprès du Premier ministre Benjamin Netanyahou, Israël serait sujet à au moins 1.000 cyber-attaques par minute.

Début 2012, l'armée israélienne à recruté près de 300 experts pour former une unité spécialisée dans la cyber-défense. Baptisée C41, elle vient en complément de l'Unité 8200 des renseignements militaires, l'Aman, spécialisée dans le  renseignement d'origine électromagnétique et du déchiffrement de code.
Ces deux structures sont chargées de la protection des équipements et réseaux électroniques de Tsahal ainsi que ceux des services de renseignement et des autres infrastructures jugées sensibles. L’une des principales inquiétudes de l’armée israélienne est la possibilité pour un ennemi de pirater le réseau militaire pendant une guerre.

L'éditeur d'anti-virus McAfee a montré qu'Israël est le pays le plus prêt à parer à une cyber-attaque sur les 23 pays couvert par l'étude. D'un point de vue légal, une loi assimilant les cyber-attaques à du terrorisme devrait être votée prochainement au Parlement israélien.
Mais Israël, n'est pas le seul État a se préoccuper des menaces informatiques, l’Iran aurait investi 1 milliard de dollars pour développer sa technologie dans le domaine de la cyber-guerre.
En effet, autant la supériorité militaire de l’État hébreu sur ses voisins arabes a été démontrée au cours des 60 ans d'existence du pays autant dans le cyberespace tout reste à faire. Les cyber-attaques qui visent Israël sont effectuées par des hackers qui agissent à titre individuel ou en petits groupes. Leurs motivations sont politiques mais ils ne semblent pas pour l'instant vouloir attaquer d'infrastructures critiques. Les représailles des hackers israéliens sont donc du même ordre.
Les évènements récents ont montrés qu'Arabes et Israéliens semblent faire jeu égal pour l'instant. Mais il ne s'agit pour l'instant que d'une cyber-Intifada et non pas d'une cyber-guerre.


Sources :
- Wikipédia, l’encyclopédie libre
- Kristell Bernaud – « Les pirates de la nouvelle guerre israélo-arabe » – Slate.fr – 26 mars 2012 http://www.slate.fr/story/52101/israel-palestine-cyberguerre-hackers-stuxnet-duqu
- Adrien Jaulmes – « Cyber-guerre : Israël passe à la contre-attaque » – Le Figaro – 18 janvier 2012 http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2012/01/18/04016-20120118ARTFIG00366-cyber-guerre-israel-passe-a-la-contre-attaque.php
- Adrien Jaulmes – « Le "hacker saoudien" frappe encore en Israël » – Le Figaro – 17 janvier 2012 http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2012/01/17/04016-20120117ARTFIG00410-le-hacker-saoudien-frappe-encore-en-israel.php

Par AD

lundi 5 mars 2012

Terres rares : enjeu géostratégique



Les terres rares sont un ensemble de métaux aux propriétés physico-chimiques voisines. Comprenant le scandium, l'yttrium et les quinze lanthanides, ces métaux sont assez répandus dans l’écorce terrestre, leur rareté n’est pas géologique mais économique.
La demande pour ces métaux est largement supérieure à l’offre. Ces métaux sont difficiles à produire, ce sont souvent des sous-produits de mines dédiés à un autre minerai. Leur exploitation n’est rentable que s’ils se trouvent en grande quantité.
Ces métaux sont utilisés dans les technologies de pointe civiles mais également militaires ce qui en fait un enjeu stratégique.

Ces métaux ont acquis une importance stratégique avec l’augmentation de l’électronisation de la société. En particulier :
·         l’antimoine est utilisé pour la production de semi-conducteurs,
·         le monazite pourrait être utilisé comme une base pour le stockage de matériaux radioactifs du fait de sa capacité d’absorption de l’uranium,
·         le samarium est très utilisé pour les aimants permanents en particulier dans le domaine militaire pour les missiles mais aussi pour la fabrication de moteurs électriques, pour les voitures électriques, les éoliennes entre autres,
·         le lithium pour les batteries d’appareils électroniques,
·         le néodyme que l’on retrouve dans des composants pour radars, sonars, lasers et autres capteurs,
·         le thulium est couramment utilisé comme pigment pour les tubes cathodiques ou composant de micro-ondes.
·         d’autres terres rares sont utilisées pour les tubes triphosphores, et des ampoules électriques basse-consommation

Ces métaux sont donc nécessaires aux industries de défense, aux nouvelles technologies ainsi que dans les technologies vertes (éoliennes, voitures électriques, ampoules basse-consommation) or leur production est assurée à plus de 95% par un seul pays : la Chine.


Les gisements de terres rares sont concentrés dans quelques régions du globe États-Unis, Chine, Inde et l’ancienne URSS. Jusqu’à la fin des années 1950, le plus gros de la production était assuré par le Brésil, l’Inde et l’Afrique du Sud, seulement le prix à payer écologique a détourné ces pays de la production qui s’est alors concentrée en Chine et plus particulièrement dans les régions frontalières de la Mongolie. Aujourd’hui la Chine assure 95% de la production mondiale de terres rares. La production minière chinoise atteignait, en 2008, 120.000 tonnes sur un total mondial de 124.000 tonnes.

Ce quasi-monopole est du aux conditions de production particulière en Chine le faible coût du travail ainsi que la tolérance du gouvernement aux activités très polluantes et d’une vision à long terme. En 1992, alors que les technologies informatiques en étaient encore à leurs débuts, le premier secrétaire Deng Xiaoping déclarait : « Le Moyen Orient a du pétrole, la Chine a les terres rares ».
Seulement, alors que la demande en terres rares explose, augmentation de 6% de la demande tous les ans, le coût écologique est de plus en plus lourd pour l’Empire du milieu. Pékin a donc décidé, en 2005, la mise en place de quotas d’exportation des terres rares. Cela répond à des objectifs intérieurs, problèmes écologiques, forte demande des industriels chinois mais également à des objectifs de politiques étrangères : attirer les investisseurs étrangers et les convaincre de délocaliser leurs industries de hautes technologies en Chine.

Néanmoins, les réserves mondiales sont assez dispersées. La Chine représente 37% des réserves identifiées, l’ex-URSS 20%, les États-Unis 14% et l’Australie 6%. Mais le coût d’exploitation des mines est pour l’instant prohibitif. Aux USA remettre la filière en route prendrait 15 ans ainsi que des ajustements législatifs importants. A ce coût financier s’ajoute le coût environnemental : le développement de nouvelles technologies non-polluantes est encore impossible à chiffrer.

En juillet 2011, une équipe de l’université de Tokyo a découvert un gisement sous-marin de terres rares qui pourrait changer la donne. Celui-ci contiendrait 80 à 100 milliards de tonnes de ces métaux, soit 1.000 fois ce que l'on trouve sur les terres émergées. Seulement, il s’étale sur 11 millions de mètres carrés à des profondeurs variant de 3.500 à 6.000 mètres en plein océan Pacifique. Autre région prometteuse le Groenland où la fonte des glaces arctiques libère des ressources jusqu’alors inexploitables.

Mais la solution à court terme semble être le recyclage. Celui-ci sera probablement coûteux puisqu’il nécessite la mise en place d’une filière de récupération des déchets électroniques, informatiques ainsi que des ampoules fluorescentes. L’avantage de cette démarche est qu’elle permet de relocaliser la production d’une partie de l’électronique auprès des pays consommateurs. En réduisant parallèlement les besoins en terres rares des équipements de nouvelles technologies, la dépendance à la Chine pourrait s’estomper d’ici une quinzaine d’année selon le témoignage de François Heisbourg devant la commission de l’office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques le 9 mars 2011.

L’enjeu stratégique des terres rares est celui de l’avenir du progrès technologique des pays occidentaux. Le recyclage et la constitution de stock stratégique, comme pour le pétrole dans les années 1970, devraient permettre aux pays dépendants de la Chine d’assurer leur avenir technologique.


Sources :
- Wikipédia, l’encyclopédie libre
- Monsieur Moustache – « Géopolitique : le problème des terres rares » – Blog espion – 30 août 2011 http://blog-espion.fr/geopolitique-probleme-terres-rares/
- François Cornut-Gentille – « Géopolitique des minerais stratégiques : le cas pratique des terres rares » – 10 mars 2011 http://www.francois.cornut-gentille.fr/2011/03/10/geopolitique-des-minerais-strategiques-le-cas-pratique-des-terres-rares-video/
- Augustin Roch – « Minerais rares : vers un alignement des pays émergents sur les pratiques chinoises ? » – Affaires-strategiques.info – 28 février 2011 http://www.affaires-strategiques.info/spip.php?article4708
- Margaux Duquesne – « Métaux rares : un monopole chinois inquiétant » – France24 – 8 novembre 2010 http://www.france24.com/fr/20101106-2010-11-06-0410-metaux-rares-chine
- Augustin Roch – « Terres rares, rareté relative et implications géoéconomiques » – Affaires-strategiques.info – 2 août 2010 http://www.affaires-strategiques.info/spip.php?article3750


Par AD

mercredi 22 février 2012

Russie et Syrie, les liaisons dangereuses

 
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Le 4 février 2012, la Russie a bloqué par son véto une nouvelle résolution du Conseil de sécurité des Nations unies condamnant le régime du président syrien Bachar el-Assad. Ce véto s'inscrit dans la continuité de la politique de Moscou à l'égard du régime de Damas.
 
Rappel historique
Le soutien de la Russie remonte à l'époque soviétique. En 1963, le parti Baas parvient au pouvoir après un coup d’État. En effet, le parti est clairement communiste et s'aligne sans tarder sur Moscou. Au point de permettre en 1971 à l'URSS de faire mouiller la flotte de mer Noire dans le port de Tartous qui sera la seule base navale soviétique située en dehors de l'URSS.
Après la chute de l'URSS en 1991, les relations entre les deux pays sont incertaines. En effet, Moscou réoriente sa politique étrangère vers l'Europe et les USA. En 2000, avec l'arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine et sa volonté de restaurer la grandeur de la Russie, celui-ci renforce les liens avec Damas. En 2005, il décide d'effacer 70% des 12 milliards de dette syrienne envers Moscou en échange de la promesse de Damas d'acheter pour 10 milliards d'armement russe.
 
Enjeux géostratégiques
Le premier enjeu est le port de Tartous. Il est, de nos jours, utilisé par la marine russe non comme une véritable base navale mais plutôt comme une facilité pour le ravitaillement de la flotte russe de la mer Noire en Méditerranée. Son importance stratégique n'est néanmoins pas négligeable puisqu'elle est l'un des derniers avant-poste à l'étranger (avec la base navale d'Odessa en Ukraine) pour l'ex-marine soviétique. Depuis 2009, la Russie rénove la base de Tartous pour en faire un véritable port en eaux-profondes ce qui lui permettra d'accueillir des navires de tonnage plus important comme un porte-avions.
 
Deuxièmement, nous l'avons vu, la Syrie est un exportateur de matériel militaire russe. Alors que les armées russes se fournissent de plus en plus dans les pays étrangers, et en particulier dans les pays de l'OTAN (porte-hélicoptères et fusils français, véhicules blindés italiens, entre autres) au détriment du complexe militaro-industriel local, la Syrie achète aux industries russes. En 2008, par exemple, Damas a signé un contrat portant sur l'achat de missiles tactiques Iskanders, de chasseurs Mig 29, de Yak-130, de systèmes anti-aériens S1E ainsi que de deux sous-marins classe Amur-1650.
Les industries d'armement russes ont subi un retard technologique avec la chute de l'URSS, les compétences techniques de ces industries ont été éparpillées avec l'éclatement de l'URSS et les usines russes ne sont capables que de produire de l'armement rustique qui convient parfaitement aux pays comme la Syrie mais assez peu à l'armée russe. Conservé un régime ami en Syrie permet donc de maintenir un bon client.
 
Enjeux géopolitiques
Mais les enjeux, ne s'arrêtent pas à des considérations stratégiques, la relation russo-syrienne implique également des considérations politiques.
Premièrement, l'allié syrien permet à Moscou, qui soutient également l'Iran, de jouer la carte de l'axe chiite face à l'Arabie saoudite et Israël, deux alliés de longue date de Washington. En effet, bien qu'officiellement laïc parce que Baas, le régime syrien est en fait celui de la minorité alaouite du clan Assad soutenu par les chiites.
Deuxièmement, la Russie, et avant elle l'URSS, a toujours repoussé les tentatives des États occidentaux de faire avaliser par l'ONU des interventions militaires lancées au titre de "l'ingérence humanitaire" de peur de s'y retrouver confronter à son tour.
 
Mais alors que les exactions se poursuivent, l'intransigeance de la Russie pourrait se retourner contre elle. Les opposants syriens brulent des drapeaux russes et le souvenir de la Libye est encore frais. La Russie n'avait pas fait obstacle, se contentant de s'abstenir lors du vote de la résolution 1973, autorisant l'intervention de la coalition menée par le Royaume-uni, la France et les USA. Maintenant que Kadhafi a été renversé, les contrats russes sont renégociés au préjudice de Moscou. La même chose pourrait arriver en Syrie où la Russie a également des intérêts gaziers et pétroliers.
 
Sources :
- Wikipédia, l’encyclopédie libre
- The World Factbook, CIA
- Jacques Benillouche– « Comment l'Iran et la Russie tiennent à bout de bras le régime syrien » – Slate – 13 février 2012 http://www.slate.fr/story/49885/INTERNATIONAL-syrie-anonymous-iran-russie-soutien
- Anne Applebaum – « Russie-Syrie: le jeu des régimes autoritaires » – Slate – 10 février 2012 http://www.slate.fr/story/49785/INTERNATIONAL-syrie-russie-autoritaire
- « Rappel : Cafés stratégiques – Au-delà la Syrie, le grand jeu » – Alliance Géostratégique – 9 février 2012 http://alliancegeostrategique.org/2012/02/09/rappel-cafes-strategiques-au-dela-la-syrie-le-grand-jeu/#more-11246
- Marie Jégo – « La Russie, alliée intangible de la Syrie » – Le Monde – 5 février 2012 http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2012/02/05/la-russie-alliee-intangible-de-la-syrie_1638655_3218.html
 
 
Par AD

jeudi 16 février 2012

Croatie : vers une Union européenne à 28




Le 22 janvier 2012, les Croates se sont prononcés à 66,27 % en faveur de l'adhésion à une Union Européenne qui traverse une crise de gouvernance liée à la crise de la dette. Vingt ans après son indépendance de la Yougoslavie et après six ans de négociations, la jeune république rejoint l’Union. En plus de ce référendum, le processus de ratification par les parlements des 27 membres devrait se terminer avant la fin du mois de juin 2013, pour une adhésion prévue au premier juillet 2013.


La Croatie :
La Croatie est un pays de 4,3 millions d’habitants et de plus de 56.000 km² de superficie. Bordée par la mer Adriatique au sud, elle est entourée par la Slovénie, la Hongrie, la Serbie, la Bosnie-Herzégovine et le Monténégro. Sa capitale est Zagreb, sa langue officielle est le croate (une langue slave).

Au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, la Croatie fut libérée par des partisans communistes et ceux-ci fondent la République socialiste de Croatie qui rejoint comme État fédéré la République fédérative populaire de Yougoslavie (de 1945 à 1963), puis de la République fédérative socialiste de Yougoslavie (de 1963 à 1990).

Suite à l’éclatement de l’URSS, des élections libres sont organisées en 1990, la Croatie, comme la Slovénie, déclare alors son indépendance. Le gouvernement fédéral yougoslave ne reconnait pas cette déclaration au nom de la préservation de l'État fédéral et de la minorité serbe de Croatie. Il s’en suit une guerre d’indépendance de quatre ans contre l’armée yougoslave et les des groupes paramilitaires serbes qui avait fait vingt mille morts.
La Croatie fut néanmoins reconnue indépendante par la communauté internationale le 15 janvier 1992.

En 2000, le président modéré Stjepan Mesić est élu suite du décès de Franjo Tuđman qui avait dirigé le pays au cours des dix années précédentes. Cette élection a constitué un tournant politique et économique majeur. Le pays s'est démocratisé et ouvert sur l'Europe, les auteurs d'exactions pendant les conflits militaires ont été poursuivis, il a mené une politique de privatisations et s'est ouvert aux investissements étrangers. La Croatie présente sa demande d’adhésion à l'Union européenne en 2003. Le statut de candidat lui est accordé par le Conseil européen au cours de l'année 2004 et les négociations sont ouvertes en octobre 2005.
La Croatie devient membre de l'OTAN en avril 2009.

Les enjeux pour l’UE
Pour l’Union européenne, le référendum était également un test. Test d’attractivité et de confiance dans le modèle d’intégration européen.
Alors qu’une crise liée à la dette souveraine grecque met à mal la gouvernance de la zone euro, le choix des Croates de rejoindre l’UE peut être vu comme un vote de confiance. Il faut néanmoins relativiser. Le sentiment pro-européen avait atteint 80% dans les sondages en 2003, puis il a décru au fil des négociations mais également en raison de la crise économique. C’est cette crise qui a divisé les partis politiques Croates amenant à un résultat de 66% de vote positif mais seulement 43% de participation.

Si l’UE n’est pas particulièrement attractive politiquement, elle le reste économiquement. L’UE est aujourd’hui le principal partenaire commercial de la Croatie et l’entrée du pays dans le marché commun permettra un appel de capitaux et en particulier d’investissements.

Malgré la crise de la zone euro, l’Union européenne reste un pôle d’attraction économique, un marché unique de plus de 500 millions d’habitants et donc de consommateurs potentiels. Une réforme de la gouvernance de la zone euro semble inévitable puisque la Lituanie, la Lettonie, la Roumanie et la Hongrie souhaitent rejoindre la monnaie commune à des échéances allant de 2014 à 2020.

Sources :
- Wikipédia, l’encyclopédie libre
- The World Factbook, CIA
- LEMONDE.FR avec AFP – « Adhésion de la Croatie à l'UE : le oui l'emporte » – LeMonde.fr – 22 janvier 2012 http://www.lemonde.fr/europe/article/2012/01/22/adhesion-de-la-croatie-a-l-ue-le-oui-largement-en-tete_1633028_3214.html

Par AD

mercredi 25 janvier 2012

Dix ans de guerre en Afghanistan

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En  novembre 2001, la coalition dirigée par les États-Unis faisait tomber le régime Taliban au terme d'une guerre de quelques semaines à peine.
En décembre, la coalition se réorganise autour de la Force internationale d'assistance et de sécurité (International Security Assistance Force, ISAF) mandatée par les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies, depuis le 20 décembre 2001 et la résolution 1386.
A l'ISAF est venue se greffer, à partir de 2002, l'Armée Nationale Afghane (ANA) entraînée par les forces armées de l'OTAN ainsi que des sociétés militaires privées.

Alors que la situation n'est pas sécurisée dans le pays et que le retrait des troupes de l'OTAN est prévu pour 2014, les USA changent leur fusils d'épaule et envisagent des négociations avec les Taliban dans le but de former un gouvernement d'union nationale à Kaboul. Dans ce but les Taliban ont ouvert au Qatar une représentation et ils ont d'ors et déjà fait savoir qu'ils demanderaient la libération des prisonniers de Guantánamo avant toute négociation.

Mais le retrait des forces de l'OTAN implique le l'ANA et la police afghane soient prêtes à prendre le relais pour assurer la sécurité dans le pays et permettre au président Karzaï de contrôler la plus grande partie possible du territoire et de mettre Kaboul en position de force avant de négocier avec  les Taliban. Hors selon les pays de la coalition, celle-ci n'est pas encore à niveau.
D'une part, l'ANA serait infiltrée par les sympathisants Taliban et d'autre part  la loyauté de celle-ci au gouvernement central de Kaboul serait discutable. L'OTAN a donc mis en place en 2010 un programme visant à former des agents de contre-espionnage afin de repérer les insurgés infiltrés dans les rangs des forces de sécurité afghanes

C'est dans ce contexte que quatre soldats français ont été tués et quinze ont été blessés, dont huit grièvement par un homme de l'ANA. Ces hommes étaient des instructeurs dont la mission étaient de former un bataillon de l’armée nationale afghane.
Le ministre de la Défense français, Gérard Longuet, dépêché d'urgence à annoncer  au lendemain de l'attaque que le tireur était un taliban infiltré. Cette information était basée sur les déclarations du général afghan Nazar, le commandant de la 3e brigade à laquelle appartenait l’auteur des coups de feu.

Hors de son côté le commandement de l'ISAF n'est pas aussi catégorique. Il indique qu'une enquête est en cours et que de multiples raisons ont pu pousser le tireur à agir ainsi.
En effet, un rapport de mai 2011, classifié mais révélé par le New York Times indique que de plus en plus de soldats de l'ANA se retournent contre les forces de l'OTAN. Ce rapport indique que la présence des forces de l'OTAN est de plus en plus mal perçue par les afghan. Cette présence est perçue comme une occupation qui dure depuis 10 ans. Ce qui amène à une "une crise de confiance et d'incompatibilité culturelle" (le titre du rapport est en effet : “A Crisis of Trust and Cultural Incompatibility”). Les Afghans seraient perçus comme "des voleurs, des menteurs et des toxicomanes"  (thieves, liars and drug addicts) alors que les Américains seraient "grossiers, arrogants et malpolis" (rude, arrogant bullies who use foul language).
Le tireur qui a tué les quatre soldats français a d'ailleurs déclaré lors de son interrogatoire qu'il avait agit en réaction à  diffusion de la vidéo montrant des marines américains urinant sur des cadavres en Afghanistan.

L'empressement de Gérard Longuet a déclaré que le tireur était un Taliban est vraisemblablement un geste de politique intérieure. En cette année électorale le président français qui a renforcé le contingent français en Afghanistan doit défendre son bilan alors que la guerre est impopulaire dans l'opinion publique française. Déclarer publiquement que la guerre est également impopulaire en Afghanistan rendrait difficilement compatible la politique intérieure et les engagements internationaux.

Sources :
- Wikipédia, l’encyclopédie libre
- The World Factbook, CIA
- Zone Militaire – « Quelques pistes pour renforcer la sécurité des militaires français en Afghanistan » – OPEX360 – 24 janvier 2012 http://www.opex360.com/2012/01/24/quelques-pistes-pour-renforcer-la-securite-des-miltaires-francais-en-afghanistan/
- LEMONDE.FR avec AFP et Reuters – « Pour l'OTAN, rien n'indique que les quatre militaires français aient été tués par un taliban infiltré » – LeMonde.fr – 24 janvier 2012 http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2012/01/24/pour-l-otan-rien-n-indique-que-les-quatre-militaires-francais-aient-ete-tues-par-un-taliban-infiltre_1633572_3216.html
- LEMONDE.FR avec AFP – « Afghanistan : les talibans revendiquent le meurtre des quatre soldats français » – LeMonde.fr – 21 janvier 2012 http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2012/01/21/afghanistan-les-talibans-revendiquent-le-meurtre-des-quatre-soldats-francais_1632685_3216.html
- Zone Militaire – « L’assassin des quatre militaires français est un "taliban infiltré depuis longtemps" dans l’armée afghane » – OPEX360 – 21 janvier 2012 http://www.opex360.com/2012/01/21/lassassin-des-quatre-militaires-francais-est-un-taliban-infiltre-depuis-longtemps-dans-larmee-afghane/
- Édito du Monde – « Les ambiguïtés meurtrières de l’armée afghane » – LeMonde.fr – 20 janvier 2012 http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2012/01/21/les-ambiguites-meurtrieres-de-l-armee-afghane_1632693_3216.html
- Zone Militaire – « Quatre militaires français tués par un soldat afghan; Le président Sarkozy suspend les opérations et évoque un retrait anticipé » – OPEX360 – 20 janvier 2012 http://www.opex360.com/2012/01/20/un-soldat-afghan-aurait-tire-sur-des-militaires-francais-dans-le-secteur-de-tagab/
- Matthew Rosenberg – « Afghanistan’s Soldiers Step Up Killings of Allied Forces » – The New York Times – 20 janvier 2012 http://www.nytimes.com/2012/01/20/world/asia/afghan-soldiers-step-up-killings-of-allied-forces.html?_r=1&hp

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mercredi 11 janvier 2012

Le détroit d'Ormuz : enjeu stratégique

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Le 29 juin 2008 déjà, le commandant du Corps des Gardiens de la révolution islamique, les Pasdaran, déclarait que si l'Iran était attaqué par Israël ou les États-Unis, il fermerait le détroit d'Ormuz. Le 27 décembre 2011, dans un contexte de renforcement des sanctions économiques prises contre l'Iran par les USA et l’Union européenne, le premier vice-président iranien Mohammad Reza Rahimi a annoncé que son pays fermerait le détroit d'Ormuz en cas de sanctions visant les exportations iraniennes de pétrole.


Géographie
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Reliant le golfe Persique au golfe d'Oman, le détroit d'Ormuz est frontalier de trois pays que sont l'Iran au nord, le sultanat d'Oman (extrémité de la pointe) et les Émirats arabes unis au sud (péninsule arabique).
Long de 63 km, large de 40 km et d'une profondeur moyenne de 56 mètres, le détroit constitue une voie commerciale essentielle du trafic international, empruntée par plus de 30 % du commerce mondial de pétrole. Outre les Émirats arabes unis et l'Iran, le détroit commande l'accès à d'autres pays producteurs d'hydrocarbures aussi importants que l'Arabie saoudite, le Koweït, le Qatar, Bahreïn et l'Irak. Selon le département américain de l'Énergie, environ 2.400 pétroliers y transitent chaque année, pour un volume d'environ 17 millions de barils de pétrole par jour.
Dans le détroit à proprement parler le couloir de navigation est du coté omanais de la frontière maritime mais à quelques encablures seulement de cette frontière maritime.
Outre les Emirats et l'Iran lui-même, toutes les exportations de pétrole de Bahreïn, du Koweït et du Qatar passent par le détroit d'Ormuz, ainsi que la plus grande partie des exportations pétrolières d'Arabie saoudite et de l'Irak.

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Contexte géopolitique
La menace de fermer le détroit intervient dans un contexte stratégique assez chargé.
Premièrement la publication du rapport de l’AIEA sur le nucléaire iranien a ouvert la voix à de nouvelles sanctions économiques, prises notamment par les USA et l’Union européenne. Ces sanctions, si elles s’attaquent à l’industrie pétrolière pourraient être dévastatrices pour l’économie du pays.
Deuxièmement, le retrait des soldats américains d’Irak diminue l’influence du pays dans la région moyen-orientale.
Troisièmement, la contestation en Syrie prive Téhéran d’un allié stable dans la région. Une démonstration de force de la part du régime de Mollah permet donc de galvaniser les forces financées par l’Iran comme le Hezbollah.
Dernier point et non des moindres, l’Iran connaitra au mois de mars des élections législatives. Les élections présidentielles de 2009 avaient été suivies de neuf mois de contestation réprimée dans le sang. Une démonstration de puissance peut permettre de raviver les sentiments nationalistes et ressouder le peuple derrière ses dirigeants.

Forces en présence
 
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La marine iranienne possède : trois sous-marins diésels d'origine soviétique datant du début des années 1990, un destroyer armé en 2007, 5 frégates, 3 corvettes, onze vedettes de classe Combattante II et dix navires lance-missiles.
Des missiles sol-mer disposant d'une portée de 200 à 400 kilomètres (d'origine chinoise ou russe) qui pourraient être installés le long de la côte sud du pays pour protéger les opérations navales.
L'armée de l'air dispose d'appareils capable de lancer des missiles en mer mais ceux-ci sont assez anciens (des années 1960 et 1970).
Les Pasdaran possèdent également des forces navales et notamment des vedettes rapides et des sous-marins de poche pouvant procéder au déploiement de mines dans le détroit pour le rendre impraticable aux navires de commerce.
 
La cinquième flotte américaine est basée à Manama, à Bahreïn. Sa mission principale est de garantir l'accès au détroit d'Ormuz pour tous les navires de commerce. En temps normal, elle est constituée d'un porte-avions (en ce moment l'USS John C. Stennis avec plus de 80 appareils embarqués dont 50 avions de combat) et d'un porte-hélicoptères, accompagnés par une vingtaine de bâtiments d'escorte et de soutien.
Les Américains ont envoyé sur la zone un autre groupe aéronaval celui du porte-avions USS Abraham Lincoln et un troisième groupe celui du USS Carl Vinson est en route depuis Hong Kong.
Le porte-avions français Charles-de-Gaulle est également sur le chemin. A cela, il faut ajouter les bases aériennes américaines, britanniques et françaises présentent aux Emirats Arabes Unis, en Arabie saoudite, à Barhein, au sultanat d'Oman et au Qatar ainsi évidement que les forces aériennes de ces pays.
 
Perspectives stratégiques
Les forces en jeux interdisent à l'Iran toute attaque frontale de la Vème flotte. Ces moyens sont trop peu nombreux et trop anciens pour faire face à une armada composée potentiellement de quatre porte-avions et de leur groupe de protection (une dizaine à une vingtaine de navires chacun).
Téhéran pourrait alors placer des mines sous-marines en face des champs pétrolifères et des terminaux de production de pétrole dans le golfe Persique en particulier ceux de l'Arabie saoudite ou du Qatar.
Les Iraniens pourraient utiliser leurs missiles mer-mer ou sol-mer contre les navires de commerce ce qui provoquerait l'arrêt immédiat du trafic maritime. Dans le cas où les navires lance-missiles sont neutralisés, l'Iran peut toujours compter sur ses sous-marins, et notamment les sous-marins de poche très difficiles à détecter, pour torpiller les navires.
 
Mais les menaces iraniennes tombent aux moment d'un exercice militaire planifié de longue date entre Israël et les USA. L’objectif est d’installer un bouclier anti-missiles commun et de mettre en œuvre une coordination entre les deux armées. Des milliers de militaires américains comprenant des aviateurs, des équipes d’interception de missiles, des marines, des techniciens et des agents de renseignements sont attendus en Israël. La Grande-Bretagne a été informée de ces exercices et a précisé qu’elle était prête à se joindre à toute action contre l’Iran si le détroit d’Ormuz était fermé.
Les autorités iraniennes viennent d’annoncer des exercices d’envergure en février dans le détroit d’Ormuz et dans le Golfe persique. Elles prennent le risque de les faire coïncider avec les manœuvres militaires israélo-américaines.
Il s'agit pour l'Iran d'un geste politique calculé. Les dirigeants de la république islamique savent que les USA, même dans une coalition, n'attaqueront pas les premiers. Cette rhétorique guerrière à pour cible Barack Obama, perçu comme étant faible, qui répond peu aux agressions du régime des mollahs. Mais le président américain, en accord avec l'Etat hébreu, mène, en Iran, une guerre secrète utilisant drones, forces spéciales et agents secrets pour déstabiliser le régime. Il est fort probable que les sanctions économiques seront adoucies mais que la guerre froide repartira de plus belle.
 
Sources :
- Wikipédia, l’encyclopédie libre
- The World Factbook, CIA
- Jacques Benillouche – « Du détroit de Tiran au détroit d'Ormuz » – Slate – 10 janvier 2012 http://www.slate.fr/story/48497/detroit-ormuz-iran-etats-unis-guerre-six%20jours
- Régis Soubrouillard – « La guerre froide Iran-USA rebondit dans le détroit d’Ormuz » – Marianne – 10 janvier 2012 http://www.marianne2.fr/La-guerre-froide-Iran-USA-rebondit-dans-le-detroit-d-Ormuz_a214344.html
- LEMONDE.FR avec AFP – « Les Emirats arabes unis mettent la dernière main à l'oléoduc contournant le détroit d'Ormuz » – LeMonde.fr – 9 janvier 2012 http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2012/01/09/les-emirats-arabes-unis-mettent-la-derniere-main-a-l-oleoduc-contournant-le-detroit-d-ormuz_1627502_3218.html
- LEMONDE.FR avec AFP – « Les Etats-Unis menacent de "répondre" si l'Iran bloquait le détroit d'Ormuz » – LeMonde.fr – 8 janvier 2012 http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2012/01/08/les-etats-unis-menacent-de-repondre-si-l-iran-bloquait-le-detroit-d-ormuz_1627184_3222.html
- LEMONDE.FR avec Reuters – « L'Iran annonce de nouvelles manœuvres dans le détroit d'Ormuz » – LeMonde.fr – 6 janvier 2012 http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2012/01/06/l-iran-annonce-de-nouvelles-man-uvres-dans-le-detroit-d-ormuz_1626606_3218.html
- Régis Soubrouillard – « USA-Iran : les missiles de croisières s'amusent » – Marianne – 3 janvier 2012 http://www.marianne2.fr/USA-Iran-les-missiles-de-croisiere-s-amusent-_a214079.html
- Zone Militaire – « Tirs de missiles iraniens dans le détroit d’Ormuz » – OPEX360 – 3 janvier 2012 http://www.opex360.com/2012/01/03/tirs-de-missiles-iraniens-dans-le-detroit-dormuz/
- Alain Rodier – « Iran : nouvelles menaces de fermeture du détroit d'Ormuz » – Centre Français de Recherche sur le Renseignement – 01/01/2012 http://www.cf2r.org/fr/notes-actualite/iran-nouvelles-menaces-de-fermeture-du-detroit-ormuz.php
- AD – « Iran et Israël : vers une nouvelle guerre froide » – GlobalAnalysis France – 10 novembre 2011 http://globalanalysisfrance.blogspot.com/2011/11/iran-et-israel-vers-une-nouvelle-guerre.html
 
Par AD

vendredi 6 janvier 2012

La Hongrie par Viktor Orban

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Le premier janvier 2012, la nouvelle constitution hongroise est entrée en vigueur. Votée le 18 avril 2011 par le parti Fidesz du premier ministre Viktor Orban possédant une majorité des deux tiers à l'Assemblée nationale de Hongrie, seule chambre du parlement hongrois.
Le pays étant membre de l'Union européenne depuis le 1er mai 2004, les lois nationales doivent être compatibles avec le droit européen. Or certaines des reformes de la constitution déplaisent à la commission européenne et à la Banque Centrale Européenne (BCE) or l'économie hongroise est très durement touchée par la crise et a donc besoin du financement de la BCE et du FMI.

Il est vrai que de part le fait que le système hongrois étant monocaméral et que le parti de Viktor Orban possède la majorité des deux tiers dans cette chambre, la modification est donc l'expression d'un seul parti, le Fidesz , là où dans d'autres pays les reformes constitutionnelles sont le fruit d'un consensus entre un parti majoritaire et son opposition.
Cette majorité écrasante du parti est le résultat des élections législatives de 2010 où les citoyens ont votés en masse pour le parti conservateur à la suite des affaires de corruption ayant miné la précédente majorité dominée par le parti socialiste.

Ce même parti socialiste est rendu rétroactivement responsable des "crimes communistes" commis jusqu'en 1989 par la nouvelle constitution. Cette reforme, qualifiée de populiste fait parti d'un train de reformes qui inquiète la commission européenne. Parmi celles-là, il faut également citer la réforme de la banque centrale qui permet au Premier ministre de choisir les adjoints du président de la banque centrale et donc limiter son indépendance. Le taux d'impôt sur le revenu est également fixé par la loi fondamentale ce qui nécessite une majorité parlementaire des deux tiers pour pouvoir être modifié.
De plus le forint devient la devise nationale inscrite dans la constitution, l'objectif de Budapest d'adhérer à la zone euro à l'horizon 2020 nécessitera encore une fois une révision de la constitution et donc la majorité des deux tiers.
La réforme de la loi électorale est favorable aux grands partis en effet, l'élection des députés se fait en un seul tour et le nombre de siège à pourvoir passe de 386 à 199. Les petits partis sont donc handicapés puisqu'ils ne peuvent plus négocier en vu du second tour.
Les médias sont regroupés en une seule entité supervisée par un Conseil des médias et l'unique radio d'opposition Klubradio s'est vu retirer sa fréquence.
Mais les lois et les réformes ne sont pas toujours appliquées et l'opposition tente de s'organiser. Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté lundi 2 janvier à Budapest. Mais ce sont surtout les négociations avec l'Union européenne et le FMI qui vont tempérer les ardeurs de Viktor Orban. En effet, les 15 à 20 milliards d'euros de fonds prêtés par ces deux entités seront soumises à des conditions qui seront âprement négociées.

Sources :
- Wikipédia, l’encyclopédie libre
- The World Factbook, CIA
- Jean-Sébastien Lefebvre – « Lukáš Macek : "Orbán donne parfois le sentiment d'être ivre du pouvoir" » – EurActiv.fr – 4 janvier 2012 http://www.euractiv.fr/lukas-macek-orban-sentiment-ivre-pouvoir-interview
- Pierre Haski – « Dérive autoritaire en Hongrie : que peut faire l'Europe ? » – Rue89 – 3 janvier 2012 http://www.rue89.com/2012/01/03/derive-autoritaire-en-hongrie-que-peut-faire-leurope-228033
- « La Hongrie selon Viktor Orban » – L'Express – 2 janvier 2012 http://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/la-hongrie-selon-viktor-orban_1067162.html
- LEMONDE.FR avec AFP – « Près de deux ans de poussée conservatrice en Hongrie » –  LeMonde.fr – 2 janvier 2012 http://www.lemonde.fr/europe/article/2012/01/02/pres-de-deux-ans-de-poussee-conservatrice-en-hongrie_1624695_3214.html
- LEMONDE.FR avec AFP – « La nouvelle Constitution hongroise, aux accents nationalistes, entre en vigueur » – LeMonde.fr – 2 janvier 2012 http://www.lemonde.fr/europe/article/2012/01/02/la-nouvelle-constitution-hongroise-aux-accents-nationalistes-entre-en-vigueur_1624675_3214.html

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